« Nous demandons pardon au peuple juif » : l’archevêque Luc Terlinden pose un geste fort à la cathédrale de Bruxelles

Mercredi le 22 avril 2026, une nouvelle plaque a été dévoilée dans l'édifice bruxellois pour contextualiser certains vitraux à caractère antisémite. Une demande de pardon y est explicitement formulée. Une franche accolade entre l'archevêque Terlinden et le Grand Rabbin Guigui a suivi le dévoilement de la plaque.

L'affaire est complexe: des vitraux de la cathédrale de Bruxelles rappellent un épisode qui se serait déroulé au 14e siècle. Il y est question d'hosties profanées par des juifs de Bruxelles, d'un "miracle eucharistique" (du sang s'écoulant des hosties poignardées) mais aussi de juifs exécutés sur un bûcher. Si la thèse d'un véritable "miracle eucharistique" est défendue par certains, elle est contestée par les historiens scientifiques. C'est le cas du jésuite bollandiste Robert Godding. Ce mercredi, en début de cérémonie, celui-ci a donné une conférence au titre évocateur: "Un miracle encombrant".

Reste que l'épisode laissa des traces. Il est ainsi illustré sur des vitraux de la cathédrale, au caractère clairement antisémite. En outre, durant longtemps, il fut commémoré dans les rues de Bruxelles par des processions. 

"Notre acte de repentance est sincère"

Dans les années 1970, une première plaque est apposée au sein de la cathédrale, à travers laquelle les autorités diocésaines de Malines-Bruxelles, "après avoir pris connaissance des recherches historiques sur le sujet", attirent l'attention des lecteurs "sur le caractère tendancieux des accusations [contre les juifs à l'origine de la profanation] et sur la présentation légendaire du 'miracle'".

Ce mercredi, les autorités du diocèse de Malines-Bruxelles ont tenu à aller plus loin. L'archevêque Luc Terlinden a ainsi clairement marqué sa volonté de demander pardon: "Notre acte de repentance est sincère. Il s’accompagne également d’une purification de la mémoire. J’insiste ici sur le fait que cela doit nous aider, comme catholiques, à faire la vérité sur nos propres pratiques."

Comme de vieux frères

Dans sa prise de parole, Mgr Terlinden a évoqué la fraternité, et même l'amitié qui unissent catholiques et juifs. "Nos regards se tournent aussi vers l’avenir, car la fraternité entre Juifs et chrétiens est appelée à grandir encore, dans la volonté de construire la paix entre les peuples, dans le respect des croyances et des convictions." Et encore: "Aujourd’hui, gratitude et espérance habitent nos cœurs, comme lorsque de vieux frères se réconcilient après de longues années. Soyez tous chaleureusement remerciés !"

La nouvelle plaque a ensuite été dévoilée. S'y trouve un texte signé par Mgr Terlinden. "Nous reconnaissons que dans plusieurs régions d'Europe, à la fin du Moyen-Age, des accusations infondées de profanation d'hosties furent portées contre les communautés juives", peut-on y lire. "Ces calomnies, souvent issues de la peur ou de l'ignorance religieuse, ont entraîné des persécutions, des massacres et des expulsions injustifiables."

Et encore: "Nous demandons pardon au peuple juif pour les souffrances que ces accusations ont engendrées. Nous réaffirmons, en fidélité à la déclaration « Nostra Aetate » promulguée en 1965 au 2ème Concile du Vatican et à la « purification de la mémoire » voulue par le Pape Saint Jean-Paul II, notre engagement à combattre toute forme d'antisémitisme, à approfondir le dialogue entre juifs et chrétiens, et à transmettre aux générations futures une mémoire lucide, fondée sur la reconnaissance de la vérité et sur le respect mutuel."

Cette démarche a été fortement appréciée par le monde juif. "Je vois dans la pose de cette plaque un moment important, presque fondateur", détaillait Albert Guigui quelques jours plus tôt en entrevue. "Non pas la fin d’un chemin, mais une étape significative dans une histoire de rapprochement entre nos traditions. C’est un signe que la mémoire peut devenir un lieu de rencontre plutôt qu’un lieu de division."

Remarques de l’éditeur

Vincent DELCORPS est docteur en Histoire et titulaire d'un master en journalisme. Il dirige la rédaction de CathoBel depuis 2021. Il suit de près l'actualité de l'Eglise, la vie politique et les grandes questions de société.

Source :  CathoBel, 23 avril 2026.