Je suis profondément honoré de me joindre à vous et profondément touché par la présence des survivants de l’Holocauste et de leurs familles.
Nous nous rassemblons dans un recueillement solennel pour commémorer les victimes de l’Holocauste. C’étaient des mères et des pères, des fils et des filles, des grands-parents et des petits-enfants. Six millions de Juifs assassinés simplement parce qu’ils étaient juifs. Nous pleurons également les Roms et les Sintés, les personnes en situation de handicap, les personnes LGBTQI+, et tant d’autres encore qui ont été réduits en esclavage, persécutés, torturés et tués.
Nous nous souvenons aussi des récits et des combats de celles et ceux qui ont affronté le pire de l’humanité pour nous montrer le meilleur: des diplomates qui ont défié les ordres et délivré des visas salvateurs, des journalistes qui ont lutté pour révéler la vérité, des fermiers et des villageois qui ont caché des familles au péril de leur vie.
La mémoire est plus qu’un hommage au passé. Elle est un devoir et une promesse: défendre la dignité, protéger les plus vulnérables et rester fidèles à celles et ceux dont nous refusons d’oublier les noms et les histoires. Car l’Holocauste n’est pas seulement de l’histoire. C’est un avertissement; un avertissement que la haine, une fois déchaînée, peut tout dévorer.
Aujourd’hui, cet avertissement paraît plus urgent que jamais. L’antisémitisme fait rage dans le monde entier. Les communautés juives vivent dans la peur. Des synagogues sont attaquées, des familles brisées, une haine antisémite vile se répand à toute vitesse dans le cyberespace.
Nous sommes hantés par l’horrible attentat terroriste du 7 octobre [2023] — que je condamne une fois de plus sans équivoque — ainsi que par la prise d’otages et par les actes de haine visant les Juifs à travers le monde ces dernières années, et même ces dernières semaines.
Mais le fait de nous rassembler, comme nous le faisons aujourd’hui, pour commémorer les victimes de l’Holocauste me remplit d’espoir. Je vois dans chacun et chacune d’entre vous la force de l’humanité. Je vois le courage des survivants qui ont transformé la douleur en engagement. Je vois l’engagement des jeunes — de toutes confessions et de toutes nations — qui se tiennent ensemble contre la haine. Je vois la force de la solidarité lorsque les communautés s’unissent.
Vous êtes ici parce que vous choisissez l’espoir plutôt que la haine. Vous choisissez la mémoire comme une force vivante — un bouclier contre les préjugés, une étincelle de justice, un engagement à protéger chaque être humain.
Cette démonstration d’unité est plus importante que jamais. Car nous savons que l’Holocauste est une démonstration saisissante des dangers de la haine incontrôlée. L’Holocauste n’a pas commencé par des meurtres. Il a commencé par des mots. Ses architectes ont annoncé leurs intentions maléfiques. Ils ont délibérément propagé une idéologie haineuse et suprémaciste qui exploitait la peur et le désespoir économique.
Ce puissant moteur de haine a été alimenté par le démantèlement systématique des institutions démocratiques, l’étouffement de la presse, la persécution de la société civile, la corruption des tribunaux et l’érosion de l’état de droit.
Il s’est également appuyé sur la maîtrise des technologies de l’époque: le contrôle de l’information, le déploiement de la propagande et la manipulation du discours public, la diffusion de la haine antisémite et raciste avec une efficacité dévastatrice. Et nous ne devons jamais oublier la vérité douloureuse selon laquelle les familles juives qui cherchaient refuge se sont heurtées à l’indifférence glaciale, à des frontières fermées et à des barrières bureaucratiques.
Ce sombre chapitre de notre histoire commune révèle des vérités accablantes. Lorsque ceux qui détiennent le pouvoir n’agissent pas, le mal reste impuni. Lorsque le passé est déformé, nié ou instrumentalisé, la haine et les préjugés prospèrent. Lorsque les mots deviennent des armes, les mensonges, les théories du complot, la plaisanterie banale ou l’insulte codée peuvent croître jusqu’à ce que l’impensable devienne politique et violence.
Engageons-nous donc ensemble à lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de haine — ainsi que contre le sectarisme, le racisme et la discrimination, partout et sous toutes leurs formes.
C’est la dixième fois que j’ai le privilège, en tant que Secrétaire général, de m’adresser à vous en ce jour de commémoration. Pour moi, la mémoire de l’Holocauste — et la lutte contre l’antique poison de l’antisémitisme — n’est pas abstraite. Elle est personnelle. L’une de mes réussites personnelles en tant que Premier ministre du Portugal a été de travailler avec le Parlement à l’adoption d’un décret annulant l’expulsion des Juifs de mon pays au XVIᵉ siècle. Je me réjouis de voir des dizaines de milliers de descendants de ces familles expulsées recouvrer la nationalité portugaise.
Ce fut un geste symbolique — mais un geste qui a montré l’importance de reconnaître la profondeur de notre remords, y compris pour les crimes de notre pays, le remords pour le passé, et notre engagement à construire un avenir meilleur et plus inclusif. Un engagement qui touche au cœur même de ce qui nous rassemble aujourd’hui en mémoire des victimes de l’Holocauste.
En tant que Secrétaire général, je me souviens m’être tenu à Yad Vashem, confronté au poids immense de la mémoire et aux innombrables vies éteintes dans l’obscurité de la haine. J’ai prié aux côtés de la communauté juive à la suite d’actes atroces de violence et d’antisémitisme. J’ai entendu les témoignages de survivants de l’Holocauste relatant des expériences qui ont commencé par un coup à la porte — et se sont achevées par des vies effacées.
J’ai toujours compris le lien évident entre les horreurs de l’Holocauste et l’esprit de multilatéralisme, de justice et de droits qui a présidé à la fondation de notre Organisation. Il y a un peu plus de 80 ans, les procès de Nuremberg ont commencé. Ces procès ont marqué le début d’une nouvelle ère du droit pénal international; une ère dans laquelle les individus, y compris les plus puissants, sont tenus responsables. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons raviver cet esprit.
À l’ouverture des procès de Nuremberg, le juge Robert H. Jackson nous a avertis: «Ces prisonniers représentent des influences sinistres qui hanteront le monde longtemps après que leurs corps seront retournés en poussière.» Ces influences — l’antisémitisme, le racisme, la haine — sont toujours bien présentes parmi nous.
Notre devoir est clair: dire la vérité, éduquer les nouvelles générations, combattre l’antisémitisme et toutes les formes de haine et de discrimination, et défendre la dignité de chaque être humain.
Mais il est aussi de notre devoir de maintenir vivant l’esprit de l’action collective, à travers le multilatéralisme, afin de garantir que les forces de l’humanité triomphent toujours des forces de l’inhumanité.
Honorons la mémoire des victimes de l’Holocauste en renouvelant notre engagement envers la justice, la dignité, la compassion et la vigilance, pour un monde où l’humanité se tient unie contre l’oppression, et où le terrible héritage du passé renforce notre détermination à protéger les droits humains aujourd’hui et demain.
Portons à jamais dans nos cœurs les victimes de l’Holocauste, dont les appels à la justice et à la paix ne pourront jamais être réduits au silence. Que leur mémoire soit une bénédiction!

